L’affaire du sésame contaminé embarrasse la filière bio

Article mis en ligne par · 24 novembre 2020 ·

La découverte d’oxyde d’éthylène, un fongicide toxique et cancérogène, en quantité trop élevée dans des lots de sésame bio et conventionnel importés d’Inde a provoqué le rappel de milliers de produits bruts et transformés en Europe. La filière bio s’interroge sur l’origine de cette contamination et les raisons pour lesquelles elle n’a pas été décelée à la source.

Les autorités sanitaires françaises ont été informées le 9 septembre 2020 via le dispositif d’alerte alimentaire européen RASFF, de la présence d’un produit chimique, l’oxyde d’éthylène, à une teneur supérieure à la limite maximum réglementaire dans certains lots de graines de sésame importées d’Inde. Dès que l’information a été connue, des mesures de retrait et de rappel “ont été mises en œuvre sur la matière première mais également sur l’ensemble des produits transformés contenant cette matière première, et ce quel que soit le niveau d’incorporation”, précise la DGCCRF. En effet, la réglementation européenne interdit d’incorporer dans des produits transformés des matières premières non conformes lorsque les limites maximales de pesticides sont atteintes.

© Esther Merbt / Pixabay

Une liste impressionnante

La liste des produits concernés par des procédures de retrait/rappel est régulièrement mise à jour sur le site internet de la DGCCRF. Elle est impressionnante : les marques de distributeurs de la quasi-totalité des enseignes de grande distribution, de Marque Repère (E.Leclerc) à Leader Price en passant par Monoprix, mais aussi de grandes enseignes bio (La Vie Claire, Naturalia…), y voisinent avec quelques marques de fabricants conventionnelles (Gerblé, Pasquier, Lindt, Saint-Michel…) et de nombreuses marques et fournisseurs bio (Beendhi, Bionatis, Jardin Bio, Le Moulin du Pivert, Markal, Priméal…).

Une défaillance inexpliquée

Le problème pour la bio, c’est qu’elle n’est pas sensée être exposée aux produits chimiques… Comment cela a-t-il pu arriver ? “À ce stade, on ne sait pas exactement ce qui s’est passé, regrette Charles Pernin, le délégué général de Synabio, le syndicat des entreprises bio agroalimentaires, qui souligne que “le rappel n’est pas spécifique au sésame bio mais concerne aussi le sésame conventionnel”, tout en admettant que “les consommateurs bio puissent être étonnés et déçus de voir ce type de contamination ne pas épargner la bio.”

Charles Barnouin, président d’Ecotone (ex-Wessanen), dont un produit Bjorg figure sur la liste de la DGCCRF, se déclare pour sa part “à la fois irrité, humble et vigilant !” Le patron du principal fabricant européen de produits bio rappelle qu’en vertu du principe de précaution, “les doses de toxicité prises en compte sont celles des ingrédients, pas des produits finis. Dans les produits finis, les résidus sont inexistants.” La DGCCRF précise d’ailleurs que les autorités françaises n’ont pas eu connaissance d’intoxication de consommateurs à l’oxyde d’éthylène depuis l’alerte…

Des normes plus strictes en Europe

© Balu G. / Pixabay

L’oxyde d’éthylène est un gaz usuellement utilisé pour éviter la propagation des insectes dans les stocks d’épices qui ne peuvent être stérilisées autrement, explique de son côté le grossiste-importateur Cédric Richard (Nature & Expression), qui a dû organiser le retrait de crackers de la marque suédoise Vilmas. Ce dernier “est un transformateur qui travaille depuis 15 ans avec un gros importateur allemand de graines de sésame d’origine indienne connaissant parfaitement les risques et pratiques, relate Cédric Richard. Normalement, l’importateur s’assure que des analyses libératoires sont faites avant l’expédition sur lots.” Y a-t-il eu fraude, erreur ou tout simplement manque de maîtrise de la réglementation par les autorités indiennes ? Ces deux dernières hypothèses ne sont pas insensées, les normes européennes étant plus restrictives que les américaines, avec respectivement des teneurs en oxyde d’éthylène maximales de 0,05 milligramme et 0,7 milligramme par kilo de sésame… “Il n’existe pas plus de risque zéro en bio qu’en conventionnel”, conclut Cédric Richard.

Olivier Costil

https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/avis-de-rappel-de-produits-contenant-du-sesame

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